Pascal Thérond vient d’être honoré par l’Académie Nationale de Médecine en recevant le Prix Eloi COLLERY 2023. Créé en 1987 et destiné à la recherche médicale, ce prix est l’un des plus prestigieux que l’Académie attribue chaque année. Il lui sera remis aujourd’hui, mardi 19 décembre 2023, lors de la séance solennelle de remise des Prix 2023 à l’Académie Nationale de Médecine (Paris).

Pascal, peux-tu présenter en quelques phrases les travaux scientifiques qui ont conduit à cette distinction ?

Chez l’homme, le vieillissement aboutit à une diminution de neurones dans le cerveau, entraînant une altération des fonctions cognitives. L’utilisation de la drosophile comme sujet biologique modèle nous a permis de montrer qu’une protéine, Hedgehog (Hh), agissant comme « organisatrice de tissus » pendant le développement embryonnaire, poursuit son activité au cours de la vie adulte. Elle protège ainsi l’intégrité du réseau neuronal, ce qui permet d’augmenter la longévité du sujet. Nous avons montré que l’activité Hh dans le cerveau adulte stimule les cellules gliales, et que l’activation forcée de cette voie dans ces cellules permet de restaurer l’intégrité des neurones dopaminergiques, de la mobilité et de la longévité d’un animal mutant pour hedgehog.

Quelles pourraient être les retombées de cette découverte pour l’homme ?

Cette nouvelle fonction de Hedgehog comme acteur de la régulation de la durée de vie est certainement conservée chez les mammifères et peut-être chez l’homme.  En effet, l’homologue vertébré de Hh, Sonic Hedgehog (Shh), est également présent dans le cerveau de souris et de rat, et les cellules gliales des rongeurs répondent à ce signal.  On sait aussi que Shh a un rôle protecteur contre diverses neurotoxines sur des cellules humaines in vitro. Notre étude suggère donc que l’activation de la glie par Shh pourrait avoir un effet thérapeutique sur les maladies neurodégénératives humaines. Pour aller dans ce sens, nous avons utilisé un modèle moléculaire mimant la maladie d’Alzheimer dans la drosophile, modèle dans lequel des agrégats protéiques sont observés dans les cellules du cerveau. Ces agrégats sont également responsables d’une mobilité et d’une longévité restreintes chez la mouche. Dans ce modèle, nous avons montré que l’activation des cellules gliales par Hedgehog diminue le nombre d’agrégats et corrige partiellement la locomotion et la longévité, confirmant le rôle protecteur de Hedgehog sur les neurones.

De façon générale, la très courte période entre l’identification du gène Hh chez la drosophile au début des années 1990 et le développement en 2012 de médicaments anti-tumeur dans lesquelles Hh est impliqué, et maintenant son nouveau rôle dans la vie adulte, soulignent le dynamisme de la recherche dans ce domaine et les liens étroits entre recherche fondamentale et recherche clinique.

Que représente ce prix pour toi ?

Cette reconnaissance m’encourage à continuer notre recherche, mise en lumière aujourd’hui. Que les membres de l’Académie de Médecine – que je ne connais pas – reconnaissent et valorisent ce travail m’honore et me touche particulièrement. Bien sûr, le travail qui est récompensé aujourd’hui a été rendu possible grâce aux personnes de mon équipe, avec lesquelles je travaille depuis de nombreuses années. C’est le fruit d’une activité collective dans le laboratoire et de nombreuses réflexions croisées, qui montre qu’il faut toujours rester curieux et ouvert à toutes les hypothèses. De plus, et c’est très important, la voix des médecins de l’Académie renforce la visibilité de nos travaux, qui peuvent parfois paraître comme trop abstraits ou trop compliqués pour le public.

Comment vois-tu l’avenir de la recherche française ?  

Je rêve que les chercheurs puissent continuer à travailler de manière indépendante, à faire de grandes découvertes et à innover dans la France du 21e siècle !

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Pascal Thérond has just been honoured by the Académie Nationale de Médecine with the Eloi COLLERY 2023 Prize. Created in 1987 and dedicated to medical research, this prize is one of the most prestigious that the Academy awards each year. He will receive it today, Tuesday 19 December 2023 at the Académie Nationale de Médecine in Paris.

Pascal, could you briefly describe the scientific work that earned you this award?

In humans, ageing leads to a reduction in the number of neurons in the brain, resulting in impaired cognitive function. Using Drosophila melanogaster as a biological model, we have shown that a molecule called Hedgehog, which acts as a ’tissue organiser’ during embryonic development, continues to do so throughout adulthood in the brain. It thus protects the integrity of the neuronal network, helping to increase the longevity of the subject. We have shown that Hedgehog activity in the adult brain stimulates glial cells, and that forced activation of this pathway in these cells restores the integrity of the dopaminergic neurons, the mobility and the longevity of the organism in a hedgehog mutant animal.

What could be the benefits of this discovery for humans?

This new function of Hedgehog as a player in the regulation of lifespan is certainly conserved in mammals and possibly in human. Indeed, the vertebrate homologue of Hedgehog (Hh), Sonic Hedgehog (Shh), is also present in mice and rat brain and the glial cells of rodents respond to Shh signal. Shh is also known to have a protective role against various neurotoxins in human cells in vitro. Our study therefore suggests that activation of glia by Hh could have a therapeutic effect on human neurodegenerative diseases. To this end, we used a molecular model mimicking Alzheimer’s disease in Drosophila, in which protein aggregates are observed in brain cells. These aggregates are also responsible for restricted mobility and longevity in the fly. In this model, we were able to show that activation of glial cells by Hh reduced the number of aggregates and partially corrected locomotion and longevity, confirming the protective role of Hh on neurons. More generally, the very short period between the identification of the Hedgehog gene in Drosophila in the early 1990s and the development in 2012 of anti-tumour drugs targeting Hedgehog, and now its new role in adult brain, clearly shows the dynamism of research in this field and the close links between basic and clinical research.

What does this prize mean to you?

It’s particularly honouring and touching that the members of the Académie de Médecine – whom I don’t know – should acknowledge and value this work. This recognition encourages me to continue our research, which is being highlighted today. Of course, this work has been made possible thanks to people of my team, with whom I have worked for many years. It is the fruit of collective lab and brain work and it shows that we have to always remain curious and open to all hypothesis. Also, and that is very important, the voice of this Academy doctors enhances the visibility of our work, that may sometimes appear as too abstract or too complicated to the public.

How do you see the future of French research?

My dream is that researchers can continue to work independently, make great discoveries and innovations in 21st century France!